Leopoldo Lonati

On octobre 21, 2013 by admin
Leopoldo Lonati © Yvonne Bohler

Leopoldo Lonati
© Yvonne Bohler

Cette page publiée dans Le Courrier le 21.10.2013 est téléchargeable ici : Leopoldo Lonati

Les mots que je sais

 

Belet

on n’a que des idées vagues du vide à la limite on
n’a que des idées vagues on
n’a que des idées vagues du vide à la limite on
n’a que des idée vagues de la limite des
idées on n’a que des idées vagues de la limite du vide
on n’a que des idées vagues on
n’a et on n’a que
des idées vagues du vide à la limite du vide à la limite du quoi
on n’a que des idées vagues de la limite du vide à la limite
du vide à la limite des idées à la limite des
mots on n’a que des mots à la limites des
idées à la limite du ne pas
à la limite des idées

à la limite
le suintement insensible
le sujet étant un puits

Les noms sont là depuis longtemps
Nous pourchassons leurs pensées

 

Dans l’antichambre du cerveau

Unzubereitet,
Ja schon die unbelaubten,
Gedanken gleich…

Déjà dorées
Elles se tiennent fleurs décharnées
Pareilles aux pensées

Friedrich Hölderlin, Tinian
(traduction: Pierre Jean Jouve)

À la manière noire de la terre
Et d’un ruisseau blême et glacé
À la manière noire de la poussière
Un été s’anémiait sans son visage

L’affolement tapi dans l’ombre
Et le rasoir des mots amers
Une lame entre les valves d’une huître

On n’a que des idées vagues
Des processus de pathogénèse
Mais les mots les mots
(comme les rêves) savent de nous
Des choses que nous ignorons
de nous-mêmes

 

Et si nous avancions par cercles concentriques
D’abord celui qui dit non

 

Ils voulaient que je reste là
À me faire coudre le nez je veux
Aller aller                 n n n nez
Suinter et sourdre
couler
Oui                         éjaculer

 

À la limite un crachat
De glaire et de sang et de…

N’y pense même pas

 

Le sillon j’avais oublié
Le sillon et comment cet instrument
Une marque acérée et coupante comme
Les lettres d’un système d’écriture
En partie avait dévoré la chair

 

Cette envie mais cette envie de
Grimper                               le long de mon dos
Me faire une idée de ce qu’étaient
Les vertèbres                       mes vertèbres

Savoir quel goût avait           la moelle épinière

Ma moelle ou du moins         la couleur

Ou l’odeur                            l’odeur

 

Un œil de bœuf l’orbite aveugle                      ou
Le tissage digne et rusé d’une araignée
D’une bobine d’une turbine d’un                      bistouri électrique
Tout droit glissé dans le tourbillon
Dans le puits                                                dans le fruit

 

As-tu remarqué que le bracelet
De la montre de papa
est de plus en plus distendu
Un de ces jours
il la perdra

 

Le temps menace dit mon père
en regardant par la fenêtre.

Extrait de «Les Mots que je sais», traduit de l’italien par Mathilde Vischer et Pierre Lepori.

Belet

non si hanno che vaghe idee del vuoto al limite non
si hanno che vaghe idee non
si hanno che vaghe idee del vuoto al limite non
si hanno che vaghe idee del limite delle
idee non si hanno che vaghe idee del limite del vuoto
non si hanno che vaghe idee non
si hanno e non si hanno
che vaghe idee del vuoto al limite del vuoto al limite del che
non si hanno che vaghe idee del limite del vuoto al limite
del vuoto al limite delle idee al limite delle
parole non si hanno che parole al limite delle
idee al limite del non
al limite delle idee

al limite
lo sgocciolio insensibile
il soggetto essendo un pozzo

I nomi sono lì da lungo tempo
Noi diamo la caccia ai loro pensieri

 

Nell’anticamera del cervello

Unzubereitet,
Ja schon die unbelaubten,
Gedanken gleich…

Impreparati,
Così senza foglie,
Come pensieri

Friedrich Hölderlin, Tinian
(traduction:)

Alla nera maniera della terra
E di un livido torrente ghiacciato
Alla nera maniera della polvere
Affiochiva un’estate nel suo volo

Lo sconcerto accovacciato nell’ombra
E il rasoio delle parole amare
Una lama tra le valve dell’ostrica

Non si hanno che vaghe idee
Dei meccanismi patogenetici
Ma le parole le parole
(come i sogni) sanno di noi
Cose che noi stessi ignoriamo
Di noi

 

Se poi avanzassimo per cerchi concentrici
Prima quello che dice no

 

Volevano che stessi lì
A farmi cucire il naso io voglio
Andare andare                 nas nas naz naso
Scorrere e stillare
gocciolare
Si                                    eiaculare

 

Al limite uno sputo
Di catarro e sangue e…

Che non ti venga in mente

 

Il solco mi ero dimenticato
Del solco di come quello strumento
Un segno incisivo e affilato come
Lettere di un sistema di scrittura
Avesse semidivorato la carne

 

Quella voglia ma quella voglia di
Arrampicarmi su                        per la mia schiena
Farmi un’idea di che cosa fossero
Le vertebre                                le mie vertebre

Sapere che gusto avesse           il midollo

Il mio midollo o almeno              il colore

O l’odore                                   l’odore

 

Un occhio di bue un’orbita cieca                      o
La diffinta dignità di una ragna
Di un bindolo di un guindolo di un                     elettrobisturi
Difilato imboccato nel gurgite
Del gutto                                                        nel frutto

 

Hai visto come il cinturino
Dell’orologio di papà
diventa sempre più largo
Un giorno o l’altro
lo perde

 

Il tempo minaccia dice mio padre
guardando fuori.

Extrait de «Le parole che so».

Bio

Né en 1960, Leopoldo Lonati vit à Lugano.
Poète rare, théologien de formation et enseignant, il est l’auteur de plusieurs recueils dont le très dense Le Parole che so, dont nous publions ici un extrait inédit en français – la traduction française paraîtra fin 2013 dans la collection bilingue des Editions d’en bas, du Centre de Traduction Littéraire de Lausanne et du Service de Presse Suisse sous le titre Les Mots que je sais.

Avec une extrême économie de moyens, ses vers drus et puissant traversent ici les territoires de l’agonie – celle du père et celle du Christ – et de la mystique négative d’un Saint Jean de la Croix. Par un geste d’espérance ultime, ils dégagent à la fin du recueil l’intuition d’une lumière: «Tout juste le temps / De dépister la mort / Un recoin / Qui ne me serre pas le cœur comme de l’asthme / Ou un rat et qu’il me laisse au moins un trait / De lumière comme une porte qui ferme / mal.»
PLI

Biblio

Le Parole che so
Postface de Dubravko Pusek
Chiasso, Leggere, 2005.

Griselle
Chiasso, Leggere, 1998.

 

Cette page a été réalisée en partenariat avec le site littéraire www.culturactif.ch pendant de nombreuses années. Dorénavant, le nouveau site littéraire suisse www.chlitterature.ch prend le relais en établissant un partenariat avec Le Courrier. Il va mettre à disposition la totalité des inédits publiés pendant ces sept dernières années. Ce site a pour objectif de rendre accessible aux lecteurs et lectrices la littérature suisse grâce à ces choix de textes. Il va se conjuguer avec les ressources diverses qui se mettent en place en Suisse au travers des sites des auteur.e.s, de leurs maisons d’édition, de sites culturels comme www.viceversalitterature.ch, de sites associatifs comme celui de l’association suisse des autrices et des auteurs www.a-d-s.ch, et du portail en construction consacré à la littérature suisse, schweizerliteratur.ch

La page d’inédits dans Le Courrier a été initiée dans le cadre de la Commission consultative de mise en valeur du livre à Genève. Avec le soutien du Département de la Culture de la Ville de Genève et du Département de l’Instruction publique de la République et Canton de Genève, la Fondation Oertli ainsi que la Loterie romande du Canton de Genève et la Fondation Pittard de l’Andelyn.

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